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( Cagliostro de la pensée améliorant la visibilité de la Femme) |
Il
existe une différence théorique fondamentale, qui n'est pas
totalement lisible en pratique, mais qui reste un critérium de la
distinction entre un révolutionnaire et l'infini variété des
expressions de l'acceptation du destin libéral : il s'agit de
la distinction entre réforme et révolution.
La
réforme peut proposer une infinité de mesure de « valorisation »
des perdants du Système : discrimination positive, protection
légale, visibilité, promotion des minorités, etc. Ce qui est
essentiel est de garder à l'esprit que toutes ces propositions sont
des propositions d'amélioration dans le cadre existant – elles se
résument à la volonté de faire accéder des catégories
statistiques de dominés (classes et dominations purement théoriques
parfois, et présupposées par le réformiste) à des positions
dominantes, ou tout simplement, comme le syndicalisme moderne, à des
améliorations de condition dans le cadre d'une condition identique.
Des exemples typiques sont donnés par l'affirmative
action
des blancs faisant des noirs ingénieurs, et des hommes faisant des
femmes ingénieurs.
La
révolution est extérieure au paradigme capitaliste, et donc se
moque absolument de ce type de lutte. Il faut être très clair et
très brutal : je dis se moque absolument,
et
je vais jusqu'à dire clairement qu'il convient de les considérer
comme toxiques : tout d'abord, en donnant l'illusion de procéder
à des améliorations du Capitalisme depuis des siècles, et d'avoir
une gauche capitaliste possible ; ensuite, en servant
objectivement la propagande et le brouillage permanent de réalité
du Spectacle qui brouille les forces de transformation. Il convient
de voir les choses ainsi : l'existence d'une police juive dans
le Ghetto de Varsovie n'est pas une amélioration de la condition des
habitants du ghetto, en dehors des policiers juifs, et pour un
temps ; ou encore que des femmes ou des anciens prisonniers
intègrent l'administration d'un camp de prisonnier ne change rien à
la réalité la plus évidente : il
se trouve que l'organisation générale du monde capitaliste est
celle d'un camp de prisonniers.
La
coloration ethnique du Capitalisme en Afrique du Sud ne doit pas
aveugler sur la réalité : la condition des ouvriers ou des
mineurs n'a pas changé : la police et l'armée tirent, blanche
ou noire.
Le
Capitalisme est fondé essentiellement sur l'exploitation : il
peut paraître juste, mais il ne peut fonder réellement une société
juste au sens de la gauche. La gauche réformiste est au service du
Spectacle – et sociologiquement liée aux professions du Spectacle
– parce qu'il existe un lien d'essence entre la proclamation de
valeurs de gauche et l'adhésion au Capitalisme d'une part, une
contradiction brûlante, et l'acharnement à mentir et à se mentir
dans des postures de raideur morale sans cesse aggravées. Le
Capitalisme sous un gouvernement de gauche – autant mais pour
d'autres raisons qu'un cynique gouvernement de droite assumant une
propagande mensongère – est fondé sur l'hypocrisie et le
mensonge, sur un progressisme qui permet sans cesse de différer les
promesses, et sur des classes exploitatrices qui détournent le
regard de leur parasitisme. Bref, la gauche au pouvoir est la droite
au pouvoir avec une posture morale en plus qui aggrave
l'autoritarisme naturel du Système.
Pour
illustrer mes propos, je vous livre la critique de la critique
universitaire d'un livre universitaire de la « gauche
technocratique », de celle qui vit en donnant clef en mains un
discours idéologique aux gouvernants du Système. Ce discours
d'action affirmative de reconnaissance des exclus parfaitement
formaté est aussi parfaitement hypocrite : c'est un exemple
parfait. Quel livre, et quel critique, je vous invite à le
découvrir. Sachez que l'auteur a modifié son compte rendu, pour
tenir compte d'observations de mon (mauvais) genre, mais que cette
modification n'a aucune importance pour ce qui nous occupe : il
ne s'agit que de rendre en langage plus diplomatique ce que ce
premier jet dit crûment. Je n'en tiens pas compte : il sera
ainsi aisé à l'auteur de plaider la mauvaise foi de la présente
critique.
***
Depuis
Marx et le Bourdieu de ce
que parler veut dire,
on pourrait croire avec naïveté que l'usage universitaire du
langage pour construire un effet d'autorité, ayant été dévoilé
dans l'enceinte même de l'Université, ne serait plus pratiqué sans
vergogne. Mais une telle naïveté repose sur une conception du monde
où les universitaires sont censés chercher le vrai, ou encore les
journalistes auraient une déontologie du dévoilement de la vérité
et de la juste information du peuple, sans parler des politiques qui
voudraient combattre avec désintéressement pour la Démocratie.
Bref, croire de telle chose est l'effet de la confusion entre le
Spectacle moral du monde, le Grand Récit du monde moderne, et le
monde tel qu'il est, infiniment plus marxiste et machiavélien que
moral.
Dans le monde réel la morale est un instrument de
combat contre tous les autres hommes , c'est à dire un instrument de
la lutte contre les concurrents sociaux, bien avant d'être une règle
pour l'action. Il est de règle que les prêcheurs de morale soient
des crapules de premier ordre, des J.Edgar Hoover, sans parler des
autres.
Quand quelqu’un multiplie les grands mots de vérité
et de justice, alors probablement il raconte des
histoires aux enfants que nous sommes – rappelez vous !
Une autre naïveté propre à la gauche est de croire
que les auteurs de gauche sont moins enclins au mensonge que ceux de
droite. Il est habituel depuis les hommes primitifs sauvages et
machistes se nourrissant de charognes au fond des cavernes, qui
n'avaient ni entendu parler des théories du genre ni des végans, et
dont les descendants modernes sont « les fascistes » -
évidemment ! - de croire que les autres, les ennemis, sont
évidemment de mauvaise foi, et point les gens de son propre camp. De
ce fait les hommes civilisés, de gauche, progressistes, féministes,
qui trient leurs ordures et pensent sérieusement à mettre des
toilettes sèches dans leur maison de campagne, attribuent la
mauvaise foi aux « fascistes » sans balayer devant leur
porte. Ils ont tort, car le pas de leurs portes de manque pas
d'ordures, et leur est plus accessible qu'un « fasciste »,
lequel pourrait en outre être dangereux.
L'enjeu
de la définition de règles du jeu concernant les effets d'autorité
dans le langage est déterminant. Il est
infiniment plus difficile aujourd'hui de construire les conditions de
possibilité d'une parole audible et puissante que de parler ou
d'enseigner. Parler ou enseigner, définitivement, le premier qui
passe peut le faire. Savoir quelle est la voix puissante, cela est
hors de portée même des sages.
Je vous en propose un exemple avec le remarquable compte
rendu de lecture qui suit :
En gras : le texte critiqué. En italique : les
observations de votre serviteur.
Les
Politiques de visibilité
Andrea Mubi
Brighenti,
Visibility
in Social Theory and Social Research,
Basingstoke,
Palgrave McMillan, 2010, 211 p.
Tout dans les
signes implicites montrent l'importance de ce livre : il est
écrit en Anglais – la langue de la Science - par un italien, il
est publié par un prestigieux éditeur anglo-saxon, il distingue et
répète avec de nobles majuscules Théorie et Recherche...bref, il
s'annonce déjà comme super-puissant. Le titre choisi en Français –
les politiques de...- montre une noble proximité avec la classe
régnante, chargée d'élaborer ou d'appliquer des politiques. Bref,
d'emblée, comme dans la parfumerie du Bon Marché, la moquette est
épaisse et les vendeurs distingués.
Les
notions de visibilité et d’invisibilité jouissent d’une
importance croissante en théorie politique et en sciences sociales
depuis quelques années. À ce titre, elles s’inscrivent dans le
prolongement de réflexions majeures sur la construction visuelle des
pratiques ou des savoirs menées au cours du demi-siècle passé,
dont les plus prolifiques et les plus disputées demeurent à ce jour
celles de Michel Foucault sur l’histoire du regard médical ou sur
l’avènement du pouvoir disciplinaire.
La
construction d'une autorité de la Science dans le discours passe par
un effacement de la petite personne de l'auteur derrière la haute
stature du Représentant de l'Université, et le porte parole du
Concept. Les Notions sont donc les sujets véritables de l'histoire ;
l'humain qui écrit n'est que l’interprète de ces dieux qui comme
tous les dieux, jouissent d'une certaine importance, pour ne pas dire
d'une importance certaine. Dieux prolifiques, dont le prestige est
rappelé par l'invocation des Grands Noms des héros humains qui les
ont mis à jour, comme ici Foucault. Se plaçant non pas dans le jeu
étroit de la lutte des places dans sa petite caste dominée – la
partie dominée de la classe dominante – l'auteur se place à la
hauteur des siècles ou des demi-siècles.
La
tentation est grande d’interpréter ce regain d’intérêt comme
l’un des signes tangibles d’un tournant « visuel » ou
« iconique » dans les modes de connaissance, suivant les
thèses formulées par différents théoriciens anglo-saxons ou
allemands.
Pourtant, force est de constater que les acceptions contemporaines de
la visibilité se caractérisent d’abord par leur diversité. Nos
sociétés regorgent d’individus et de populations visibles ou
invisibles avant tout parce qu’elles sont aux prises avec quantité
de modes de visibilité distincts, que la recherche académique
contribue activement à façonner et à promouvoir.
La première phrase veut dire : quelques profs de facs ont
dit, puisqu'il y a plein d'images de part le monde, que « nous
sommes entrés dans le cycle iconique des modes de connaissance ».
Outre le fait que les hommes du passé voyaient autant d'images que
nous ( tout ce qui est visible est image, non ?), ce genre de
déclaration grandiose et vague ne fait de vous un « théoricien »
à citation que dans le monde universitaire.
La deuxième phrase est un positionnement idéologique subtil dans
le cercle de recherche sociales où et d'où parle le Critique :
« force est de constater » montre que l'auteur n'est pas
un idéologue, il constate, et ceux qui ne constatent pas comme lui
se mentent – c'est la naturalisation classique du discours
idéologique déjà vue dans le premier paragraphe. (...)« que
les acceptions contemporaines de la visibilité » :
l'auteur ne fait que reprendre ce que les Grands Acteurs sociaux, les
Créateurs, ou encore les clients habituels de l'idéologie
« sociale » dit plus brutalement ; et ces rapports
de force sur le terrain forment le « Contemporain », un
mot clef du discours idéologique des sciences sociales modernes :
le Contemporain est Bon.
(...)« se caractérisent d'abord par leur diversité » :
tous les Grands Héros Contemporains auront leur soupe, le but n'est
pas de créer la polémique – le mot Diversité est un autre mot
clef de l'idéologie vendue. La Diversité est Bonne. La Diversité
Contemporaine, c'est trop de la balle. Elle regorge d'individus (
tous les narcisses Grands Héros de la Diversité Contemporaine qui
le lisent ) et de populations ( comme les LGTB, fidèles clients,
avec les Associations) blabla.
« Que la recherche académique contribue activement à
façonner et à promouvoir » : le nouveau positionnement
de la Science n'est pas de Constater par Force, mais de créer ce qui
est Bon, la Diversité Contemporaine. Entre nous soit dit, cette soif
de puissance de la fraction dominée de la classe dominante la place
surtout à la remorque de l'ingénierie sociale capitaliste, comme
pourvoyeur de discours idéologiques justificateurs pour les écoles
d'administration et de commerce, c'est à dire pas grand chose.
Des
paradigmes antinomiques
Un
tour d’horizon des publications françaises et étrangères depuis
une quinzaine d’années révèle pas moins de trois grands
ensembles de travaux, que le sociologue Andrea Brighenti a identifiés
et classés tout en explorant lui-même la visibilité sous l’angle
d’« une dimension du social au sens large, sans restriction
au domaine visuel » (p. 4), dans ses acceptions tant
littérales que métaphoriques. L’ambition synthétique de
Visibility in Social Theory and Social Research
prolonge celle du sociologue Olivier Voirol, qui avait déjà
esquissé un tour d’horizon comparable en 2005, il est vrai plus
focalisé sur la mise au jour des formes spécifiques de « luttes
pour la visibilité » que sur l’étude des ressorts
antinomiques que renferme cette catégorie plurielle.
Toujours
éperdu d'ivresse des profondeurs, le Porte-Parole du Concept fait
des tours d'Horizon des Grands Travaux Contemporains. Ceux-ci, comme
la Diversité est Bonne, sont évidemment Pluriels : sinon, ils
ne seraient ni Contemporains, ni Diversitaires, donc ils ne seraient
pas Grands et ne devraient pas être mentionnés.
Ce
tour d'horizon permet d'évacuer tout contenu au « problématiques
de la visibilité », que déjà la prise Contemporaine « avec
quantité de modes de visibilité distincts » avait fortement
entamé. En effet, s'il est quantité de modes de visibilité
distincts, peut être que le champ de recherche n'est constitué que
par l'usage d'un terme unique polysémique pour parler de tas de
trucs qui n'ont rien à voir entre eux, comme le mode d'être dauphin
du futur Charles VII et le mode d'être dauphin de Willy. Dans ce
cas, une démarche rationnelle est de ne pas faire de livre sur les
champs de visibilité des dauphins comme d'un phénomène unique.
Mais
le Livre ne peut pas évidemment être déprécié par une telle
remarque. Pour pouvoir librement dire tout et son contraire, la
Science idéologique procède à l'inverse d'une démarche de
définition : elle dilue pour conserver le choix du sujet ou du
hors sujet sous son seul et arbitraire pouvoir : « en
explorant lui-même la visibilité sous l’angle d’« une
dimension du social au sens large, sans restriction au domaine
visuel » (p. 4), dans ses acceptions tant littérales que
métaphoriques. ». Il
est clair que dans ce cas tout et rien peut être étudié sous
l'angle de sa visibilité, sans cependant pouvoir être soumis à une
véritable critique, qui peut toujours être taxée
d'incompréhensive.
Il
s'agit bien d'élaborer une position de pouvoir
inexpugnable, et non une démarche rigoureuse soumise aux
exigences d'une testabilité ou d'une démonstration de cohérence
interne.
En
premier lieu, la visibilité s’est peu à peu imposée comme le
dénominateur commun des discours sur les nouvelles formes de
précarité et d’aliénation. En ce sens métaphorique, ne pas être
socialement visible revient à se voir refuser une forme de
reconnaissance nécessaire à la l’affirmation, à la valorisation
et à la réalisation de soi, c’est-à-dire à subir un mépris
« dont la conséquence ultime est l’impossibilité de la
participation à la vie publique », comme l’affirme le
philosophe Guillaume Le Blanc, à la suite du théoricien allemand
Axel Honneth.
Sur ce plan, la visibilité est parfois concurrencée par
l’audibilité, et les invisibles décrits comme des sans-voix,
quitte à voir s’établir des hiérarchisations épistémologiques
dont les assises ne sont pas toujours explicites ou convaincantes.
Le Héros se perd tellement dans les métaphores du Visible et de
l'Audible que lui-même note que « l'assise épistémologique »
de tous ces discours n'est pas très solide. Le seul sens indubitable
de tout ce paragraphe, c'est qu'au delà d'être metteur en scène
des Notions dans son petit monde de la Théorie et Recherche Sociale,
il faut pour Contribuer Activement à Façonner le monde du pouvoir
et pas seulement des Mots. Et les figures du Pouvoir pour un Maestro
du Concept sont de passer à la Télé, puis de rentrer au Cabinet du
Ministre, ou de devenir Ministre comme Ferry, pas Jules, l'autre. En
gros, c'est la théorisation du narcissisme médiatique comme un
Droit de l'Homme, démarche classique des luttes Contemporaines pour
la Reconnaissance des Minorités Diverses.
La
sociologie des médias, pour sa part, a consolidé de longue date une
approche beaucoup plus littérale, en mesure de rendre compte des
divers effets de la visibilité médiatique sur la consécration
sociale ou les trajectoires des élites, tout en décrivant
l’émergence ordinaire de mises en scène de soi motivées par
l’usage des nouvelles technologies. En France, la sociologue
Nathalie Heinich a prolongé cette ambition sur le plan d’une
sociologie de la célébrité, allant jusqu’à considérer la
visibilité comme un nouveau fait social total venu bousculer les
formes établies de la renommée.
La thèse prend le contrepied de certaines dénonciations savantes du
phénomène, au premier rang desquelles figure la critique
situationniste de la séparation spectaculaire.
Le
Héros dit que passer souvent à la télé c'est bien pour arriver au
pouvoir ou le garder. On ne voit pas bien contre-pied avec Debord. Ce
monsieur Debord disait-il qu'il n'y avait aucun rapport entre
Spectacle et Pouvoir ? Notez que le Héros se place sur le même
piédestal que Debord, en parlant de certaines conceptions savantes.
Mais Debord n'a jamais été universitaire, et rien n'est plus
étranger au militantisme marxiste de se placer sur le terrain d'une
dénonciation savante, c'est à dire purement neutralisée. Dernier
point : un paradigme est un cadre global de recherche et
d'intelligibilité scientifique, et les « paradigmes »
présentés manquent cruellement de consistance ; autant dire
que qualifier d'antinomiques ces deux premiers paradigmes simplement
complémentaires et proches du lieu commun ( lien entre invisibilité
et domination sociale subie, lien entre visibilité et appartenance à
l'élite) est un manque de consistance à l'intérieur d'une
inconsistance théorique globale.
Enfin,
une troisième acception de la visibilité, pour partie héritière
des recherches foucaldiennes, côtoie les multiples avatars
conceptuels du regard panoptique que charrient dans leur sillage les
Surveillance Studies, florissantes dans le monde académique
anglo-saxon. Criminologues et politistes y décrivent la tolérance
sociale croissante à l’égard de l’archivage des données et des
nouvelles formes de surveillance électronique. Une ligne plus proche
de la critique de l’industrie culturelle par les penseurs de
l’École de Francfort tente d’y adjoindre un versant médiatique,
pointant du doigt les dispositifs qui assurent la visibilisation
d’une minorité devant les yeux d’une majorité. Ces travaux ont
en commun de mettre l’accent sur le regard collectif et la
participation active des populations, opérant un renversement du
panoptisme théorisé au XVIIIème siècle par Jeremy Bentham, fondé sur l’observation individuelle
du surveillant et sur la passivité des surveillés. Ils n’en
partagent pas moins la conclusion selon laquelle, dans de telles
situations, « la visibilité est un piège,
à l’opposé de la valeur positive que prend la notion dans les
processus de lutte pour la reconnaissance.
Ce paragraphe est tellement fourre-tout et confus que je ne vois
rien à en dire de plus qu'inviter à le lire de près :
l'observation devient le contre-pied de l'observation, et l'incapacité à
analyser les liens entre visibilité et pouvoir de classe est bien
visible. Là encore l'inconsistance théorique est globale, et
l'antinomie est purement formelle : en quoi la médiatisation
d'une élite s'opposerait-elle comme paradigme à la surveillance des
classes dangereuses par des systèmes d'observation comme paradigme ?
Comment trouver conséquent d'analyser la surveillance comme un
problème en soi indépendamment de l'organisation générale de la
domination dans une société donnée ? La surveillance, ou la
médiatisation, ne sont que des fonctions de l'organisation générale
de la domination, que l'on peut nommer pouvoir. Il se pourrait que le
désir de visibilité des Sciences et Recherches Sociales ne soient
un piège du Capitalisme pour en faire des serviteurs et des laquais,
ce qui est bien le cas : mais le Héros ne saurait le dire, sans
offenser la Diversité Contemporaine des modes de Visibilité en les
ramenant à une problématique unique qui doit rester invisible.
Régimes
de visibilité
Les
antinomies de ces trois paradigmes établissent la visibilité comme
une catégorie somme toute très éloignée des aspects strictement
optiques du regard et de la perception. En neuf chapitres succincts,
Visibility in Social Theory and Social Research
s’attache à replacer les tensions que génère cette pluralité
dans des domaines aussi divers que l’urbanisme ou les nouveaux
médias, sans manquer de conclure sur le rôle de la visibilité dans
les définitions contemporaines de la démocratie.
Il
n'existe pas de paradigmes, à la rigueur des axes d'étude
rassemblant des collections de faits ; et il n'existe pas
d'antinomies en soi, juste les contradictions entre les faits et les
collections de faits que la synonymie de la désignation (
visibilité) produit dans un discours au fond très simple, trop
simple pour le réel. Un paon qui veut séduire une femelle se rend
visible, un paon qui détecte un tigre cherche l'invisibilité.
Donc : la visibilité peut être un atout, ou une contrainte
pour un être vivant. Oui certes, mais pas en soi : à
l'intérieur d'un réseau de relations qui lui donne son sens, comme
le sexe ou la guerre.
Le
livre est donc un catalogue thématique, basé sur la synonymie assez
arbitraire de visible étendu à l'extrême, c'est à dire sans
construction théorique rigoureuse, sans unité conceptuelle,
rassemblant des gros tas de trucs derrière des métaphores somme
toute très éloignées des aspects strictement optiques du regard et
de la perception. La
méthode est bien plus celle de Vogue, le Catalogue de tout ce qui
est célèbre, que celle de la réflexion. Le
Héros cependant, comme tout héros Contemporain de la Diversité qui
Interroge Profondément des Concepts, n'en dresse pas moins la
cartographie des Tensions créatrices de Nouveau Générées par la
Diversité. Bien évidemment, une telle méthodologie permet
d'évoquer tous les Concepts Vendeurs du Marketing Idéologique,
l'Urbanisme, les Nouveaux médias (l'avantage, c'est que cette
expression pourra être utilisée telle quelle dans un siècle) sans
manquer à la fin tout particulièrement de faire de la lèche aux
élites issues de l’élection qui financent la Théorie et la
Recherche Sociale.
L’ouvrage
s’emploie aussi à procurer une certaine unité à la catégorie.
Pour ce faire, Andrea Brighenti met en avant deux facteurs. D’une
part, la visibilité serait d’ordre « biopolitique » ;
en mesure de conférer du pouvoir par la reconnaissance, elle peut
aussi en soustraire par le contrôle social. D’autre part, elle
comporterait une dimension « socio-technique », faite
« de relations et de médiations situées dans l’“entre-deux”
où coexistent les idées et les forces matérielles »
(pp. 39-41). Les deux facteurs s’articuleraient autour de
« régimes » contribuant « à organiser et à
définir le pouvoir, les représentations, l’opinion publique, les
conflits et le contrôle social. Tandis que des ambivalences
possibles sont inhérentes à tout effet de visibilité, les régimes
effectifs concourent à spécifier et activer les déterminations
contextuelles du visible. De fait, la sélection des effets de
visibilité s’opère au moyen de l’agencement territorial dans
lequel s’inscrivent les relations sociales » (p. 126).
Il est vrai que ces effets trouvent parfois une homogénéité
contextuelle que Brighenti n’est pas seul à relever. En témoigne
la réflexion menée sur le regard colonial par l’historien indien
Homi Bhabha, qui étire le spectre sémantique de l’adjectif
anglais « over-looked » jusqu’à
pouvoir lui associer un « double sens de surveillance sociale
et de déni psychique,
conjuguant contrôle et mépris.
Concevant
d'un seul coup le fatras qu'il est en train de créer, le Héros
cherche des points d'unification d'une problématique. Sortant sa
boîte à outils, il sort le coup du biopolitique, Concept ici
dépourvu du moindre contenu, et ainsi fort pratique. Cela permet –
il y a même des indices sémantiques d'utilisation de Luhmann avec
l'expression « sélection des effets de visibilité » -
dans une confusion verbale fort comique au fond, d'aboutir à la plus
totale négation de l'exploitation de l'homme et des rapports de
pouvoir dans la réalité, en disant : la sélection
des effets de visibilité s’opère au moyen de l’agencement
territorial dans lequel s’inscrivent les relations sociales. Plus
précisément, de même que la dissolution complète de toute unité
des problématiques de visibilité comme pouvoir permet d'évacuer la
dimension prédatrice du Capital devenu spectaculaire - et toute
compréhension fonctionnelle du rôle de la visibilité
spectaculaire-marchande dans le système global des relations
sociales au stade actuel du Capitalisme, de même la fragmentation
dans des agencements territoriaux permet d'annihiler toute dimension
critique authentique, et donc aussi permet d'éviter de poser la
question du positionnement effectif des Sciences Sociales dans la
guerre civile mondiale. Pour faire passer sa pilule, classiquement,
le Héros cite alors un Chef Indien au nom bien typique, Divers quoi,
modèle de l'homme bon écrivant en Anglais cependant, et aussi la
lutte anticoloniale, Épopée de la Vertu : En
témoigne la réflexion menée sur le regard colonial par l’historien
indien Homi Bhabha – sans
citer, ni même souligner que cette colonisation est d'abord une
forme d'exploitation matérielle effective, avant d'être du Mépris
ou de l'Invisibilité.
Théories
savantes et stratégies d’action
La
notion de « régime de visibilité » est très loin de
céder à la tentation d’une uniformisation théorique par le bas,
passant outre les incompatibilités d’usage. Néanmoins, centré
sur les acceptions savantes de la visibilité, Andrea Brighenti
manque de préciser les lignes de fracture tracées par les nombreux
usages sociaux et militants du terme, plus stratégiques et
revendicatifs que descriptifs, qui libèrent ses significations
politiques. Le potentiel antinomique de la reconnaissance, de la
surveillance et de la médiatisation ne se révèle pleinement que
lorsque leurs visibilités respectives sont convoquées non plus pour
interpréter le réel, mais pour le transformer.
Un
bref retour sur l’histoire des luttes altermondialistes suffit à
en rendre compte. Resté dans les mémoires pour avoir été le
théâtre d’affrontements si violents qu’ils provoquèrent des
blessés par centaines et la mort par balles d’un jeune
manifestant, le contre-sommet du G8 organisé dans la ville de Gênes
au mois de juillet 2001 a aussi vu s’affronter, par l’intermédiaire
des revendications et des modes opératoires propres aux différents
groupes militants rassemblés, toutes les variables d’exposition
entrevues. Les « combinaisons blanches » (tute
bianche), activistes italiens ainsi nommés en raison de
leur apparence uniforme, se définissaient parmi eux « comme
[d]es travailleurs “invisibles”, précaires, privés de sécurité
et d’identité stable », donnant cette invisibilité à voir
par leur choix vestimentaire.
Partisans de la désobéissance civile, ils s’affublaient également
de grossières armures en mousse et d’autres artifices défensifs
dans le but de tenir tête aux forces de l’ordre, à seule fin de
générer une large couverture médiatique et de gagner l’adhésion
de l’opinion publique. « Nous avons décidé d’envoyer des
images et des signaux forts afin de ne laisser aucun doute sur nos
intentions », insistait un(e) tute bianche
à cette époque. « Les résultats sont visibles, les gens le
comprennent.
Parallèlement, d’autres groupes hostiles à toute stratégie
médiatique s’en prirent aux sièges de banques et de firmes
multinationales, ou affrontèrent les forces anti-émeutes souvent
loin de l’œil des caméras. Leur technique fut déjà celle du
« black bloc », façonnée pour apparaître avant d’avoir
été pressentie et pour disparaître avant d’avoir été réprimée.
Publié en 2007 par le bien nommé Comité invisible, le pamphlet
philosophique et stratégique L’Insurrection qui vient
en résume l’esprit : « Être visible, c’est être à
découvert, c’est-à-dire avant tout vulnérable.
La
notion de « régime de visibilité » est très loin de
céder à la tentation d’une uniformisation théorique par le bas,
passant outre les incompatibilités d’usage. Le
Héros parle avec Hauteur, et prêche le respect de règles
méthodologiques que tout son texte réfute. Il ne faut pas unifier
par le Bas – expression conceptuellement dépourvue de sens mais
très riche en conformité sociale, explicitement nommée par le
Bon Usage – unifier par le bas en parlant par exemple des
contraintes matérielles à l’œuvre dans la société. La
visibilité tellement désirée par le Héros est le signe visible de
la collaboration de classe, exactement comme passer à Radio Paris en
42 n'est pas de la pure transparence. Ce n'est pas en citant sans
aucune référence au contenu le Comité Invisible, ou des
images spectaculaires déroulées sans décryptage, pour écrire la
séquence gauche combattante après la séquence postcoloniale avec
l'Indien de service, que notre Candide va construire la moindre
illusion d'une compréhension sociale ou encore moins socialiste de
son sujet. Tout un fatras vide, encore et toujours – une
conversation de comptoir dans un bas de soie. Il ne s'agit pas d'un
éloge réel de l'invisibilité, puisque cette invisibilité a
cette particularité évidente d'être visible, le Héros parlant
d'Images vues à la Télévision – mais le Héros ne s'arrête pas
à ses détails.
Celui
qui porte un masque spectaculaire, comme les anonymous ou le
sous-commandant Marcos – ne veut pas être invisible, mais être
anonyme – et ce d'abord pour pallier les effets de la surveillance
des organes de sécurité, même s'il peut après articuler un
discours anti-personnalisation spectaculaire des activités
politiques. Et le Héros ne s'arrête pas à ces nuances qui
introduiraient pourtant de l'ordre – l'ordre des luttes de
domination – dans les pseudos Antinomies de la Visibilité dont il
prétend faire le Catalogue des Paradigmes.
À
la première logique, désireuse de remédier à la transparence
sociale par l’exposition spectaculaire, s’oppose la seconde, qui
rejette jusqu’à l’amalgame les finalités et les moyens
respectifs de la mise en scène médiatique et de la surveillance
policière. Stratégique, la visibilité devient une sorte de
concept-valise dans les deux cas, sa réprobation allant jusqu’à
lui associer la célèbre interpellation idéologique du marxisme
althussérien — « Assume ce que tu fais, plutôt que de te
cacher.
Le culte voué à l’anonymat s’inscrit dans l’héritage du
rejet de la société du spectacle, dans laquelle les situationnistes
ne percevaient qu’un autre exemple de « visibilité-piège »
propre à la modernité, l’exercice du pouvoir au moyen des
industries culturelles et des formes vides du capitalisme marchand.
De fait, la réflexion sur les préjudices causés par l’exhibition
forme presque un « régime de visibilité » à elle
seule, dont la césure des pouvoirs spectaculaires et panoptiques
opérée par Michel Foucault marque l’impulsion initiale :
« Notre société n’est pas celle du spectacle, mais de la
surveillance. Sous la surface des images, on investit les corps en
profondeur ; derrière la grande abstraction de l’échange, se
poursuit le dressage minutieux et concret des forces utiles.
La critique se prolonge aujourd’hui au fil des réflexions qui
cherchent à maintenir à distance les visibilités « à
fuir », ou au contraire à les corréler.
À
l’inverse, l’existence d’une forme d’invisibilité
destructrice n’est pas nouvelle. Le problème figure au cœur du
roman Invisible Man, écrit durant les années
1940 par l’écrivain noir américain Ralph Ellison, en pleine
ségrégation raciale. La référence est incontournable pour les
théoriciens de la reconnaissance — qui, du reste, font peu de cas
des « avantages de l’invisibilité » stipulés dans
quelques sentences du livre dignes de L’Insurrection qui
vient : « Aussi longtemps que vous demeurerez
inconnu de la police, vous serez efficace.
Plutôt que d’illustrer une acception homogène, Invisible
Man propose une interprétation subtile de la lutte
qu’entretiennent les politiques de visibilité entre
elles. Le roman est une source de premier ordre pour les
découvrir à l’œuvre.
Comme
tout bon universitaire, le Héros revient à ses maîtres :
d'autres universitaires, c'est à dire ni Debord ni Tiqqun. Il cite
Althusser, le modèle de Bourdieu dans ce que parler veut
dire, un brave garçon dont toute l'existence pratique
dément qu'il ait pu un instant avoir une compréhension pratique du
marxisme – une vie passée à l’École Normale Supérieure, c'est
à dire au service de la Révolution – évidemment ! Tout à
fait comparable à celle de Lénine. Un modèle de gauche beaucoup
plus accessible à un professeur payé par l’État et souhaitant
participer activement à la visibilité des individus et la
façonner, comme toute l'industrie de la mode. Il cite
également un adage scout d'une accablante banalité dudit Althusser
disant qu'il faut assumer ce que l'on fait et en être
fier, donc le rendre visible, ce qui est plus le thème
narcissique de la Pride des minorités qu'une réflexion sur la
guerre civile – Althusser aurait du donner ce conseil à Jean
Moulin ou à l'armée secrète. Pour des êtres humains dominés par
une oppression, ce conseil est tout simplement d'une connerie
insondable – que l'on pense aux marranes, aux hérétiques face à
l'inquisition, à la dissidence dans l'ex-URSS, au delà de la
résistance en Europe.
Bref,
le niveau véritable de la réflexion au delà du lourd appareillage
de la guerre universitaire avec ses armures, ses drapeaux et ses
blasons, est celui de la conversation de bistrot déjà évoquée.
Aucune citation de l'Insurrection qui vient
n'est là pour corréler le parallèle fait dans ce paragraphe ;
et l'habituelle confusion entre lutte des classes et antiracisme, un
outil typique de l'invisibilisation des rapports effectifs de
domination dans la société capitaliste, est utilisé. Pour
éclaircir mon dernier propos, je martèlerais la remarque suivante :
la société d'Afrique du Sud n'est pas moins violente pour les
mineurs, que sont oligarchie soit blanche ou noire et blanche ;
si les rapports de propriété et de production restent identiques,
l'oligarchie pourrait être complètement noire et comprendre en son
sein Nelson Mandela que tout l'ordre social capitaliste serait
demeuré identique. Ce n'est pas en mettant des gardes de telle ou
telle couleur de peau qu'une prison devient un espace de liberté.
De
la visibilité à la visualité
En
dépit de sa remarquable densité théorique et bibliographique, la
synthèse proposée par Andrea Brighenti manque deux points
importants qui animeront sans doute les débats futurs. Le premier
concerne les théories de la reconnaissance, dont il affaiblit la
teneur normative par la réversibilité du « régime » et
l’effort d’unification. En effet, inscrite par le processus de
reconnaissance comme une affirmation positive d’autrui, la
visibilité ne saurait causer de tort. Pallier le problème aurait
nécessité de confronter l’acception à son historicité et à son
universalité apparente, comme l’ont fait les meilleurs
commentateurs de Guy Debord en ce qui concerne l’économie
spectaculaire-marchande. Une fois le spectacle décrit comme une
visibilité spécifique à l’histoire moderne et au capitalisme,
des regards alternatifs s’en laissent déduire, contre toute
assimilation réductrice du concept à la vision en tant que telle,
au « spectateur » générique.
Le
second point concerne la confrontation approfondie de la visibilité
avec le concept de « visualité », redécouvert depuis
peu. Inventée dans l’Angleterre impériale victorienne, la
visuality est très loin de se réduire à la
simple « contrepartie culturelle du sens de la vue »
(p. 3) qu’a popularisée la philosophie esthétique
anglo-saxonne à partir des années 1980. Pour l’essayiste
conservateur anglais Thomas Carlyle, elle constituait une authentique
capacité politique, exclusivement détenue par les quelques grands
hommes que l’Histoire se chargerait de sélectionner pour gouverner
les masses. Décliné depuis le dispositif de surveillance de la
plantation coloniale jusqu’à l’emploi télécommandé des drones
de combat, ce mode d’exercice du pouvoir, fondé sur la
redécouverte d’une catégorie historique attestée, suggère
aujourd’hui de prometteuses approches politiques de l’histoire et
de l’actualité des luttes pour l’exposition ou l’opacité.
On
lui a appris à l'école : la conclusion doit ouvrir vers de
« nouvelles » Recherches de Sciences et de Théorie
Sociale. La visualité est au visible ce que la sociétalité est au
social, une façon de parler qui évacue ce qui gêne tout en faisant
de la belle mousse pour tous les Héros du Concept. Ici, ce qui gêne
est que la visibilité tellement désirée pour façonner le monde
social et avoir de belles carrières pourrait être le signe d'une
collaboration critiquable. Debord a écrit : si un
journaliste a dit du bien de toi, demandes toi quelle erreur tu as
commise.
Mais
ce n'est pas du tout ce que le Héros est payé pour dire :
En
effet, inscrite par le processus de reconnaissance comme une
affirmation positive d’autrui, la visibilité ne saurait causer de
tort. Pallier le problème aurait nécessité de confronter
l’acception à son historicité et à son universalité apparente,
comme l’ont fait les meilleurs commentateurs de Guy Debord en ce
qui concerne l’économie spectaculaire-marchande.
Les
"meilleurs commentateurs de Debord" - expression particulièrement ignoble concernant Debord, comment ne pas penser aux sarcasmes de Lautréamont : "Les chefs-d'oeuvre de la langue française sont les discours de distribution pour les lycées,
et les discours académiques. En effet, l'instruction de la jeunesse
est peut-être la plus belle expression pratique du devoir, et une
bonne appréciation des ouvrages de Voltaire (creusez le mot
appréciation) est préférable à ces ouvrages eux-
mêmes.--Naturellement !" dans les poésies, I - ces meilleurs commentateurs scolaires
sont ceux qui permettent de
conserver le principe idéologique de base que la visibilité ne
saurait causer du tort, puisqu'elle est tellement désirée par ceux
là même qui versent subventions et salaires. Elle est
positive. Le bon
commentateur de Debord, comme le bon commentateur du Coran pour
Caroline Fourest, c'est celui qui le rend idéologiquement conforme à
leur orthodoxie définie à l'avance. Le héros est clairement un
prêtre, et qui termine par se dévoiler en parlant du regard d'Acier
de ces Grands Héros qui regardant plus loin que les autres.
Le Héros est un prêtre – Nabilla est devenue philosophe.
Tant que cela, ce flot de littérature universitaire en quête de
reconnaissance sur la quête de reconnaissance, continuera à se
déverser indéfiniment avec une respectueuse écoute ; tant que
tous ces narcisses qui veulent donner-la-parole-à-ceux-qui-ne-l'ont
pas en prenant la parole à leur place dans des dispositifs
fictionnels – avec pas la moindre capacité d'écoute des personnes
concernées, situation flagrante lors des débats sur la
prostitution, ou les « Experts Humanistes » ont
totalement couvert la voix et écrasé de mépris bienveillant et
moral des prostituées et des clients – tant que la fiction sera
prise au sérieux sans faire rire ouvertement - ou tant qu'il sera
attendu de nous de débattre avec ce genre de trucs fonctionnels, la
friction l'emportera sur le mouvement théorique. Tout cela est du
sable – du mauvais sable, incapable de prendre dans un mortier. Du
sable à jeter au vent.
Hasta la vista ! Et vive la mort !
Très belles notes du compte rendu original :
1
Gottfried Boehm et W.J.T. Mitchell, « Pictorial versus Iconic
Turn : Two Letters », Culture,
Theory and Critique 50/2-3 (2009),
pp. 103-121.
2
Voir le dossier coordonné par Olivier Voirol dans la revue Réseaux
129/130 (2005).
3
Guillaume Le Blanc, L’Invisibilité sociale, Paris, PUF,
2009, p. 1 ; Axel Honneth, « Invisibilité :
sur l’épistémologie de la “reconnaissance” », dans La
Société du mépris. Vers une nouvelle théorie critique, éd.
et trad. O. Voirol, Paris, La Découverte, 2006, pp. 225-243.
4
Nathalie Heinich, De la visibilité. Excellence et singularité
en régime médiatique, Paris, Gallimard, 2012.
5
Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison,
Paris, Gallimard, 1975, p. 234.
6
Homi K. Bhabha, Les Lieux de la culture. Une théorie
postcoloniale, trad. F. Bouillot, Paris, Payot, 2007
[1994], p. 358.
7
Michael Hardt et Antonio Negri, Multitude. Guerre et démocratie
à l’âge de l’Empire, trad. N. Guilhot, Paris, La
Découverte, 2004 [2004], p. 306.
8
Témoignage cité dans Tim Jordan, S’engager ! Les
nouveaux militants, activistes, agitateurs…, trad. S. Saurat,
Paris, Autrement, 2003 [2002], p. 68.
9
Comité invisible, L’Insurrection qui vient, Paris, La
Fabrique, 2007, p. 102.
10
Ibid.
11
Michel Foucault, Surveiller et punir, op. cit.,
p. 252.
12
Ralph Ellison, Homme invisible, pour qui chantes-tu ?,
trad. M. Merle et R. Merle, Paris, Grasset, 1982 [1952],
p. 314.
13
Anselm Jappe, Guy Debord : essai, trad. Claude Galli,
Paris, Denoël, 2001 [1995].
14
Nicholas Mirzoeff, The Right to look. A
Counterhistory of Visuality, Durham,
Duke University Press, 2011.
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